Les vigiles

Les vigiles« Si tu parles, tu meurs. Si tu te tais, tu meurs. Alors, dis et meurs. » dixit un grand intellectuel algérien qui s’assume, parce que lui il avait dit, et il en a succombé, assassiné par la main lâche des ignares qui n’ont pas d’arguments en dehors de leur armes, et surtout pas d’arguments qui peuvent tenir tête aux idées progressistes de Tahar Djaout, ou à ses phrases ficelées de lumières et ses mots puisés dans le dictionnaire du libertin qui ravive les mots et leur donne du sens à sa guise au lieu de subir leur sens littéraire imposé par l’héritage, et scellé par le poids de la tradition et les frontières exiguës de l’ignorance.

Je ne connaissais Tahar Djaout qu’à travers cette phrase culte et quelques articles lus ça et là à l’occasion de l’anniversaire macabre de son assassinat, et c’était suffisant pour moi pour comprendre l’importance de cet homme devenu le christ de la liberté d’expression, qui a été immolé dans un bûcher d’ignorance, d’intolérance, et d’extrémisme, qu’il a tant contesté.

Décidé à mieux le connaitre, je le redécouvre cette fois-ci à travers un roman, son dernier, « les vigiles ». Ce roman raconte l’Algérie morose comme un coin en enfer, à travers un jeune algérien instruit et intellectuel, qui vit sa vie comme il l’entend, débarrassé du poids de mille et une année de traditions et d’un million de préjugés transmis de père en fils comme un fardeau de Sisyphe qu’il faudrait porter jusqu’à l’éternité. Lire la suite

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Le coût de l’incompétence

En 2006 Alitalia, la compagnie aérienne italienne, avait mis en vente, sur internet, un billet en classe affaire de Toronto vers Chypre à 39 $ au lieu de 3900, terrible erreur parce que 2000 personnes ont pu réservé en ligne avant que le prix ne soit corrigé. Pour ne pas porter atteinte à son image de marque, la compagnie aérienne avait décidé d’honorer les billets réservés, une malencontreuse erreur « de frappe » qui avait coûté à l’entreprise 7,72 millions de dollars.[1]

Les exemples d’erreurs qui ont coûté cher à l’entreprise sont légion, la dernière qui a fait l’actualité est peut-être le téléphone explosif, au sens propre et figuré, de Samsung, le Galaxy Note 7, et dont le retrait pourrait coûter à l’entreprise 11,8 milliards de dollars[2]. Les erreurs vont des cas extrêmes de fautes de managers conduisant à la faillite, jusqu’aux fautes plus anodines commises au quotidien de la vie professionnelle, mais qui peuvent être tout aussi redoutables en s’accumulant jusqu’au pourrissement. Lire la suite

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Tahar Zbiri: La démocratie par le putsh

Profitant de mon congé annuel j’ai lu plusieurs livres qui étaient empilés sur ma table depuis des mois, faute de temps. Il y a deux types de livres qui vous marquent : les très bons et les très mauvais ! Dans cette deuxième catégorie j’ai lu les mémoires de Mr. Tahar Zbiri, intitulé « un demi-siècle de combat : mémoire d’un chef d’état-major algérien ». Mon dépit pour ce livre n’est pas dû à la manière dont il écrit, ni à la personne de son auteur que je ne connaissais qu’à travers mes lectures, d’ailleurs ces mémoires pourraient être d’une certaine valeur historique, et leur auteur a le mérite au moins d’apporter son témoignage. L’exaspération qu’a suscité en moi la lecture de ce livre est due surtout aux fait dévoilés, sur la manière, du moins irresponsable, avec laquelle ont été menées vers la dérive les affaires d’un état à peine soulevé de ses décombres.

Le livre raconte des luttes intestines pour le pouvoir, à la House of Cards, au sommet de l’état, à l’insu du peuple qui est le dernier souci de toutes (ou presque toutes) les parties du conflit. L’auteur a beau essayé d’euphémiser son récit, on ne peut pas embellir une ignominie, on a beau couvrir l’opprobre de toutes les fleurs du printemps, et le justifier par toutes les belles intentions du monde, il restera infâme et répugnera la mémoire de plusieurs générations d’algériens et des non algériens.

Couverture des mémoires de Tahar Zbiri

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L’enfer et le paradis …sagesse japonaise

Voici une petite histoire extraite du livre de Daniel Goleman, l’intelligence émotionnelle, qui m’a marqué:

Un jour un samouraï belliqueux somma un maitre zen de lui expliquer ce qu’étaient le paradis et l’enfer. Le moine lui répondit avec mépris:

-Tu n’est qu’un rustre, je n’ai pas de temps à perdre avec des gens de temps espèce.

Se sentant insulté, le samouraï devint furieux et tirant son épée, cria:

-Je pourrai te tuer pour ton impertinence .
-Voilà ce que l’enfer , répliqua le moine calmement.

Surpris par la vérité de ces paroles le samouraï se calma, rengaina son épée, salua le maitre et le remercia de l’avoir éclairé.

-Et voilà le paradis, ajouta celui-ci.

Source: L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman

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Question everything

L’homme étant un animal social par instinct, cherche souvent à s’assimiler au groupe, notamment lorsque celui-ci est nouveau pour lui. C’est le cas des nouvelles recrues dans les entreprises dont le souci d’intégration dépasse souvent le poids des missions confiées. La nouvelle recrue adopte rapidement les habitudes et les réflexes de ses collègues plus anciens, et absorbe d’un trait une certaine culture d’entreprise sans effort de réflexion et de sélection entre les bons rites et les mauvais.

Ensuite le temps passe et la nouvelle recrue devient ancienne dans l’entreprise, et les mêmes réflexes seront encore plus profondément ancrés, par l’effet du conditionnement cette fois-ci, ci bien élucidé dans le théorème des singes.

Monkey experiment

Monkey experiment

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L’allégorie de la caverne

Connait-on la réalité ? Peut-on accéder à la réalité ? Et surtout l’accepterait-on ? Les gens sont satisfaits dans leur ignorance, et quiconque tente de les éclairer les dérangent et risque d’être persécuté. Les prophètes, les savants et les philosophes ont tous été persécutés, chassés ou même exécutés, comme Platon qui nous explique ce phénomène par sa merveilleuse allégorie de la caverne.

Dans une demeure souterraine, en forme de caverne, des hommes sont enchaînés. Ils n’ont jamais vu directement la lumière du jour, dont ils ne connaissent que le faible rayonnement qui parvient à pénétrer jusqu’à eux. Des choses et d’eux-mêmes, ils ne connaissent que les ombres projetées sur les murs de leur caverne par un feu allumé derrière eux. Des sons, ils ne connaissent que les échos. « Pourtant, ils nous ressemblent ».

Que l’un d’entre eux soit libéré de ses chaînes et accompagné de force vers la sortie, il sera d’abord cruellement ébloui par une lumière qu’il n’a pas l’habitude de supporter. Il souffrira de tous les changements. Il résistera et ne parviendra pas à percevoir ce que l’on veut lui montrer. Alors, Ne voudra-t-il pas revenir à sa situation antérieure ? S’il persiste, il s’accoutumera. Il pourra voir le monde dans sa réalité. Prenant conscience de sa condition antérieure, ce n’est qu’en se faisant violence qu’il retournera auprès de ses semblables. Mais ceux-ci, incapables d’imaginer ce qui lui est arrivé, le recevront très mal et refuseront de le croire : « Ne le tueront-ils pas ? »

 

Texte complet de l’allégorie:

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A la redécouverte de Constantine

Photo du pont suspendu Sidi Msid

Après une longue semaine de travail à l’usine, souvent de 8h du matin à 20 ou 21h, avec notre partenaire d’un laboratoire français, pour qui nous fabriquons des médicaments, nous avons pu terminer la fabrication jeudi matin, un peu devant le planning. J’ai donc proposé à mon partenaire français une petite virée à Constantine, lui qui était logé à Novotel, un hôtel en plein centre ville, et qui était impressionné par la nouvelle façade du centre culturelle El Khalifa, sur lequel donne sa fenêtre, et qui ne connaissait pourtant de Constantine que les quelques photos qu’il avait pu trouver sur internet.

Nous avons donc pris notre déjeuner au réfectoire de l’usine, et pendant le repas je n’ai pas arrêté de parler de ma ville à mon invité, tant bien que mal, je lui ai parlé des trésors  du musé de Constantine qui raconte l’histoire numide, romaine, hafside, ottomane et coloniale de la ville, et que je n’arrive toujours pas à cerner, je lui ai parlé de Cirta l’antique, la capitale politique et culturelle de Massinissa l’agalid, je lui ai parlé du Bey turque, Ahmed Bey, qui a organisé la résistance contre le colonisateur français, de son majestueux château à la place Fosch qui a fasciné l’écrivain français Guy de Maupassant et le peintre de même nationalité Horace Vernet. Je lui ai décrit le vieux rocher et les passages secrets creusés dedans dont on n’arrive toujours pas à percer le secret. je lui ai cité les vielles mosquées zirides, turques et modernes dont la prodigieuse mosquée El Émir Abdelkader, deuxième plus grande mosquée en Afrique. Je lui ai parlé de Malek Bennabi, le visionnaire, de Abdelhamid Ben Badis le savant, Kateb Yacine et Malek Haddad dont les écritures ont ébloui les lecteurs des deux cotés de la méditerranée. Lire la suite

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