De la canaille nietzschéenne à la canaille algérienne

La vie est une source de joie, mais partout où la canaille vient boire, toutes les fontaines sont empoisonnées.

J’aime tout ce qui est propre ; mais je ne puis voir les gueules grimaçantes et la soif des gens impurs.

C’était comme une révélation ! j’ouvris mon bouquin préféré de Nietzsche, ainsi parlait Zarathoustra, au hasard, comme je le fais souvent, pour lire le premier chapitre dont le titre m’interpellait. Cette fois-ci je suis tombé sur la sixième section de la deuxième partie, intitulée « de la canaille »(1). A peine je lus les deux premières phrases que je devinais de qui se plaignait Nietzsche dans cette partie. En réalité je fis le lien avec une discussion que j’ai eue avec un ami, autour d’une glace l’autre fois. Mon ami -et je me joignis naturellement à lui-  grognait sa colère contre certains phénomènes sociaux désolants qui troublent le bon vivre des algériens en Algérie, et qui rendent malades les citoyennes et citoyens soucieux de construire un état où il fait bon de vivre. L’Algérie est un beau pays, personne ne vous dira le contraire, mais c’est un beau pays où vous ne pouvez pas emmenez votre famille passer une belle journée à la plage, vous serez constamment agressé psychologiquement, moralement et peut être même physiquement. Vous serez intimidé par un misérable parkingueur sale comme un corps en décomposition, qui chausse des claquettes sans conviction, qui laissent dépasser des pieds noircis par l’asphalte et des gros orteils pourris par la teigne. Il porte un pantalon de survêtement sportif blanc souillé d’années de salissures, un maillot de foot qui sent la moisissure et qui a perdu depuis longtemps l’éclat de sa couleur,  et probablement aussi une matraque à la main. Son visage n’est pas plus beau que sa tenue, la mine sombre comme un malheur, le regard farouche, le nez défoncé et la bouche nécrosée et asymétrique, à cause d’une grosse poignée de tabac à chiquer sous la joue. Ses cheveux hérissés sont glués avec une substance blanchâtre visqueuse comme du mucus. A la plage ce même spécimen de jeune algérien désœuvré et inculte vous louera malgré vous un parasol et une table.  D’autres énergumènes tout aussi infects s’occuperont de vous toiser à longueur de journée jusqu’à ce vous ne pouvez plus vous adressez à vous même sans que vous n’auriez le sentiment qu’on vous surveille. Si vous êtes une femme ou  que vous accompagner une c’est encore pire, commentaires misogynes, harcèlement et injures …

Ils ont jeté leur regard au fond du puits, maintenant leur sourire odieux se reflète au fond du puits et me regarde.

Ils ont défiguré la face de la cote, avec leur poubelles et avec leurs esprits. Ils ont souillé l’eau de la mer avec leur corps malpropres et avec leurs propos obscènes.

Partout la canaille s’est approprié les routes et les ruelles, vous lez voyez conduire et griller les feux rouges et tout le code de la route, traverser les autoroutes à pieds et investir les trottoirs en marchands clandestins, lorsqu’ils discutent ils vocifèrent et lorsqu’ils se disputent ils blasphèment. Dans leur dictionnaire la politesse n’a pas d’entrée, les mots sont proférés comme des  sorts maléfiques, et les lettres roulées à vous donner des nausées. Ils ont jonché nos villes et ont craché dessus et jeté leurs ordures par dessus la fenêtre, et comme si la ville ne les convenait pas, ils ont érigé leur propres cités sinistres, à coup de béton armé et de barreaux métallique, sans même pas prendre la peine de les peindre. Ils ont suspendu des pneus sur leur maisons et des amulettes sur leur portes, pour se prémunir de tout ce qui est propre et beau. Ils boudent les espaces vert et les fleurs, ils préfèrent élever des poules et tout ce qui se mange.

La canaille occupe les cafés à longueur de journées, les trottoirs, les passages et les en bas des immeubles. Si vous vous enfermez dans votre maison pour ne pas laisser la canaille vous gâcher votre humeur, la canaille vous atteindra par ses balivernes ou par le charivari mal rythmé qu’elle écoute en tant que musique à des heures impossibles.

Aux bureaux la canaille ne travaille pas. Elle tue le temps, elle tue le potentiel et la compétence, elle tue le présent et l’avenir. Elle ne travaille pas et hais ceux qui travaillent et les accablent par des pratiques bureaucratiques et toute sorte d’obstacles inimaginables.

Ce n’est pas ma haine, mais mon dégoût qui dévorait ma vie ! Hélas ! souvent je me suis fatigué de l’esprit, lorsque je trouvais que la canaille était spirituelle, elle aussi !

La canaille est devenue spirituelle aussi. elle s’est porté en tant que défenseur de la religion, offensant ainsi Dieu et les gens. Ils ont enlevé le  burnous et el haik algériens et les ont remplacés par un kamis et un jilbab importés  de la péninsule arabe. Il ont confondu spiritualité et politique, ascète et saleté. Leur Kamis antan blancs sont aussi sales que leurs esprits, leurs claquettes en nylon usés ont abusés de leurs pieds infectés. Ils se vantent de l’interdiction par l’islam d’enterrer les filles vivantes sous la terre et ils les enterrent vivantes sous la burka, le tchadri, le niqab, et mille et un tabous.

Aujourd’hui la canaille domine. Des commerçants à la sauvette sont devenus des hommes d’affaires, échangeant leur frusques contre des costumes et des cravates d’importation et croyant qu’ils deviendront ainsi plus intelligents. Ils appellent leur trafic « kfaza » et leur corruption  réussite. Ils ont dilapidé ce pays jusqu’à le mettre en crise et ils sont les premiers à le fuir ensuite vers l’Europe et les paradis fiscaux. D’autres prestidigitateurs sont passés des spectacles de rue aux salons de la politique, et se sont conduit en Don Quichotte marchant dans leur propre rêve et se prenant pour de véritables leaders politiques.

L’Algérie est devenue à cause de la canaille invivable, les algériens ne sont plus tranquilles dans leurs demeures, ni heureux dans leur pays. Certains ont choisi d’émigrer loin derrière la mer, d’autres se sont isolés dans leur solitude. Pour Zarathoustra on peut retrouver son bonheur au plus haut, hors de la portée de la canaille. Les impurs ne pourront pas boire de cette source, « Car les impurs s’imagineraient dévorer du feu et se brûler la gueule ! ».

Nous bâtirons notre nid sur l’arbre de l’avenir ; des aigles nous apporteront la nourriture, dans leurs becs, à nous autres solitaires !

En vérité, ce ne seront point des nourritures que les impurs pourront partager ! Car les impurs s’imagineraient dévorer du feu et se brûler la gueule !

En vérité, ici nous ne préparons point de demeures pour les impurs. Notre bonheur semblerait glacial à leur corps et à leur esprit !

Sur l’arbre de l’avenir il y a des salons littéraires, des salons du livre, des conférences, des concerts de musique, des pièces de théâtres, des poèmes, des romans, des toiles, des galeries et des musés. Sur l’arbre de l’avenir, les gens sont propres, leur cités sont propres et esthétiques, ils respectent l’environnement et se respectent mutuellement. Je rêve d’un jour où cette Algérie là, des citoyens avertis et éduqués, domine.

Et nous voulons vivre au-dessus d’eux comme des vents forts, voisins des aigles, voisins du soleil : ainsi vivent les vents forts.

Et, semblable au vent, je soufflerai un jour parmi eux, à leur esprit je couperai la respiration, avec mon esprit : ainsi le veut mon avenir.

(1)https://fr.wikisource.org/wiki/Ainsi_parlait_Zarathoustra/Deuxi%C3%A8me_partie/De_la_canaille

 

 

 

 

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Les vigiles

Les vigiles« Si tu parles, tu meurs. Si tu te tais, tu meurs. Alors, dis et meurs. » dixit un grand intellectuel algérien qui s’assume, parce que lui il avait dit, et il en a succombé, assassiné par la main lâche des ignares qui n’ont pas d’arguments en dehors de leur armes, et surtout pas d’arguments qui peuvent tenir tête aux idées progressistes de Tahar Djaout, ou à ses phrases ficelées de lumières et ses mots puisés dans le dictionnaire du libertin qui ravive les mots et leur donne du sens à sa guise au lieu de subir leur sens littéraire imposé par l’héritage, et scellé par le poids de la tradition et les frontières exiguës de l’ignorance.

Je ne connaissais Tahar Djaout qu’à travers cette phrase culte et quelques articles lus ça et là à l’occasion de l’anniversaire macabre de son assassinat, et c’était suffisant pour moi pour comprendre l’importance de cet homme devenu le christ de la liberté d’expression, qui a été immolé dans un bûcher d’ignorance, d’intolérance, et d’extrémisme, qu’il a tant contesté.

Décidé à mieux le connaitre, je le redécouvre cette fois-ci à travers un roman, son dernier, « les vigiles ». Ce roman raconte l’Algérie morose comme un coin en enfer, à travers un jeune algérien instruit et intellectuel, qui vit sa vie comme il l’entend, débarrassé du poids de mille et une année de traditions et d’un million de préjugés transmis de père en fils comme un fardeau de Sisyphe qu’il faudrait porter jusqu’à l’éternité. Lire la suite

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Le coût de l’incompétence

En 2006 Alitalia, la compagnie aérienne italienne, avait mis en vente, sur internet, un billet en classe affaire de Toronto vers Chypre à 39 $ au lieu de 3900, terrible erreur parce que 2000 personnes ont pu réservé en ligne avant que le prix ne soit corrigé. Pour ne pas porter atteinte à son image de marque, la compagnie aérienne avait décidé d’honorer les billets réservés, une malencontreuse erreur « de frappe » qui avait coûté à l’entreprise 7,72 millions de dollars.[1]

Les exemples d’erreurs qui ont coûté cher à l’entreprise sont légion, la dernière qui a fait l’actualité est peut-être le téléphone explosif, au sens propre et figuré, de Samsung, le Galaxy Note 7, et dont le retrait pourrait coûter à l’entreprise 11,8 milliards de dollars[2]. Les erreurs vont des cas extrêmes de fautes de managers conduisant à la faillite, jusqu’aux fautes plus anodines commises au quotidien de la vie professionnelle, mais qui peuvent être tout aussi redoutables en s’accumulant jusqu’au pourrissement. Lire la suite

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Tahar Zbiri: La démocratie par le putsh

Profitant de mon congé annuel j’ai lu plusieurs livres qui étaient empilés sur ma table depuis des mois, faute de temps. Il y a deux types de livres qui vous marquent : les très bons et les très mauvais ! Dans cette deuxième catégorie j’ai lu les mémoires de Mr. Tahar Zbiri, intitulé « un demi-siècle de combat : mémoire d’un chef d’état-major algérien ». Mon dépit pour ce livre n’est pas dû à la manière dont il écrit, ni à la personne de son auteur que je ne connaissais qu’à travers mes lectures, d’ailleurs ces mémoires pourraient être d’une certaine valeur historique, et leur auteur a le mérite au moins d’apporter son témoignage. L’exaspération qu’a suscité en moi la lecture de ce livre est due surtout aux fait dévoilés, sur la manière, du moins irresponsable, avec laquelle ont été menées vers la dérive les affaires d’un état à peine soulevé de ses décombres.

Le livre raconte des luttes intestines pour le pouvoir, à la House of Cards, au sommet de l’état, à l’insu du peuple qui est le dernier souci de toutes (ou presque toutes) les parties du conflit. L’auteur a beau essayé d’euphémiser son récit, on ne peut pas embellir une ignominie, on a beau couvrir l’opprobre de toutes les fleurs du printemps, et le justifier par toutes les belles intentions du monde, il restera infâme et répugnera la mémoire de plusieurs générations d’algériens et des non algériens.

Couverture des mémoires de Tahar Zbiri

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L’enfer et le paradis …sagesse japonaise

Voici une petite histoire extraite du livre de Daniel Goleman, l’intelligence émotionnelle, qui m’a marqué:

Un jour un samouraï belliqueux somma un maitre zen de lui expliquer ce qu’étaient le paradis et l’enfer. Le moine lui répondit avec mépris:

-Tu n’es qu’un rustre, je n’ai pas de temps à perdre avec des gens de temps espèce.

Se sentant insulté, le samouraï devint furieux et tirant son épée, cria:

-Je pourrai te tuer pour ton impertinence .
-Voilà ce que l’enfer , répliqua le moine calmement.

Surpris par la vérité de ces paroles le samouraï se calma, rengaina son épée, salua le maitre et le remercia de l’avoir éclairé.

-Et voilà le paradis, ajouta celui-ci.

Source: L’intelligence émotionnelle de Daniel Goleman

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Question everything

L’homme étant un animal social par instinct, cherche souvent à s’assimiler au groupe, notamment lorsque celui-ci est nouveau pour lui. C’est le cas des nouvelles recrues dans les entreprises dont le souci d’intégration dépasse souvent le poids des missions confiées. La nouvelle recrue adopte rapidement les habitudes et les réflexes de ses collègues plus anciens, et absorbe d’un trait une certaine culture d’entreprise sans effort de réflexion et de sélection entre les bons rites et les mauvais.

Ensuite le temps passe et la nouvelle recrue devient ancienne dans l’entreprise, et les mêmes réflexes seront encore plus profondément ancrés, par l’effet du conditionnement cette fois-ci, ci bien élucidé dans le théorème des singes.

Monkey experiment

Monkey experiment

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L’allégorie de la caverne

Connait-on la réalité ? Peut-on accéder à la réalité ? Et surtout l’accepterait-on ? Les gens sont satisfaits dans leur ignorance, et quiconque tente de les éclairer les dérangent et risque d’être persécuté. Les prophètes, les savants et les philosophes ont tous été persécutés, chassés ou même exécutés, comme Platon qui nous explique ce phénomène par sa merveilleuse allégorie de la caverne.

Dans une demeure souterraine, en forme de caverne, des hommes sont enchaînés. Ils n’ont jamais vu directement la lumière du jour, dont ils ne connaissent que le faible rayonnement qui parvient à pénétrer jusqu’à eux. Des choses et d’eux-mêmes, ils ne connaissent que les ombres projetées sur les murs de leur caverne par un feu allumé derrière eux. Des sons, ils ne connaissent que les échos. « Pourtant, ils nous ressemblent ».

Que l’un d’entre eux soit libéré de ses chaînes et accompagné de force vers la sortie, il sera d’abord cruellement ébloui par une lumière qu’il n’a pas l’habitude de supporter. Il souffrira de tous les changements. Il résistera et ne parviendra pas à percevoir ce que l’on veut lui montrer. Alors, Ne voudra-t-il pas revenir à sa situation antérieure ? S’il persiste, il s’accoutumera. Il pourra voir le monde dans sa réalité. Prenant conscience de sa condition antérieure, ce n’est qu’en se faisant violence qu’il retournera auprès de ses semblables. Mais ceux-ci, incapables d’imaginer ce qui lui est arrivé, le recevront très mal et refuseront de le croire : « Ne le tueront-ils pas ? »

 

Texte complet de l’allégorie:

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